Walter Ciandrini

 

    “Quand s’approche la fin, il ne reste plus d’images du souvenir. [...] Bientôt je serai Personne, comme Ulysse, bientôt, je serai tout le monde.” La première Nouvelle    de l’Aleph de BORGÈS me vient spontanément à l’esprit à la vue de ces tableaux, de ces figures.
Les oeuvres de Walter CIANDRINI ont comme dénominateur commun une représentation anthropométrique essentiellement à travers des visages et des bustes, des dédoublements en    boucle, sans en finir ...
L’approche ne se limite pas à cette apparence picturale, elle nous projette dans un concert polychromique de figures crépusculaires, lointaines, vagues, sans contexte autre que le    temps, la vie exprimée par l’engendrement des corps, de sa progéniture. Comme l’a fait WA(GN)ER dans Lohengrin avant WA(LT)ER, il peint dans ses tableaux l’heure du coucher de soleil en musique    sous différentes projections du visage.
Un être pluriel dont on ignore l’origine, le point d’ancrage, se fait, se défait, se consume, renaît de ses cendres tel un phénix. Ces figures en aplat sont construites sur le    même modèle, elles ont pour ainsi dire le même pattern. L’étoffe peinte est imaginaire, à dominante ocre-rouge, avec des tonalités de feu, de braises volcaniques. L’expérience est    mystique. Il y a là quelque chose de fictif, d’envoutant, de rituel dans ces démultiplications insistantes (obsessionnelles ?), peut-être un chant sacré, un mythe, une révélation ?
Ces silhouettes relèvent d’un univers proche d’un art pariétal étonnamment très contemporain. Lorsqu’on franchit la porte des galeries souterraines, on découvre ces présences brûlantes, à    la lueur d’une torche tandis que des filets d’eau s’écoulent sur les parois des grottes. On devine des coups de silex sur les surfaces rocheuses.
Seule la main par son tracé signifiant (émanations du réel) dessine intuitivement des pictogrammes dans un lointain nocturne, des indices simplifiés de figuration : un nez codifié très    allongé, des yeux tournés vers soi, une bouche primitive en deux traits horizontaux plus épais, l’extériorisation d’une silhouette humaine. Le trait dessiné orchestre et désigne    une identité méconnaissable, hallucinée, qui est à la fois une et multiple, infinie.
L’artiste dessine à l’encre ou au pastel des lignes à haute tension qui s’enlacent en flux hésitants mais continus. Des contours lézardés, frémissants, tendres mais    douloureux comme des cicatrices, chuchotent, grondent parfois, à l’oreille du contemplateur, de l’auditeur que nous sommes peut-être. Le dessin semble être brodé au    point zigzag avec un fil et une aiguille. Au fil du trait, l’encre coule, s’écoule, ruisselle en filigrane sur le support. Par le biais du dessin, l’artiste semble    lâcher prise, laisser une part de hasard s’exprimer non sans une certaine émotion. Le trait indécis, nerveux, frileux, est touchant de vérité.
Les couleurs se fondent, débordent horizontalement dans une fusion optique, une matière ductile et grave, cuivrée, contrecarrée par la légèreté, une fragilité    détonante, aiguë, du graphisme.
L’atmosphère est à la fois artificielle et authentique. Ces vies irréelles, fantasmatiques, se confondent, se démultiplient, s’assemblent, se projettent dans une frontalité centrale    sans profondeur. Sur un arrière-plan généralement désertique, silencieux, une palette polyphonique chromatique vibre de manière récurrente. La même gamme harmonique s’écoute en boucle,    le coeur des couleurs résonne en accords majeurs.
Ici et là des compositions se jouent non plus dans des rouges flamboyants, calcinés, mais dans des bleus nuits embrumés ponctués de lumière, des alchimies chromatiques plus mélancoliques,    entre chaleur et froideur, clarté et obscurité. Les sons montent, les valeurs en partie dissimulées dans les parties sombres, les basses profondes, ne se révèlent que peu à peu.
Derrière ces alliages de couleurs, ces brouillards d’eau fangeuses de figures qui émergent et font face, il y a comme un souffle endormi, une âme secrète. L’expérience est spirituelle,    ascensionnelle. Le rêve reprend, se prolonge et se répète chaque nuit, je le connais d’avance. Qui suis-je ? Est-ce moi qui regarde ou l’autre, celui qui rêve ?

Marie-Hélène BARREAU MONTBAZET
                 Vice-présidente de Maecene Arts Docteur en histoire de l'art            

 











     

EXPOSITIONS

03/2020 Maecene Arts Chapelle St- Libéral, expo individuelle 19100 Brive10/2019 Biennale de Besançon 25000 Besançon08/2019 Salon Swiss Art Space 1004 Lausanne CH11/2018 Arte Binningen 4102 Basel CH09/2018 Galerie Têt de l'art 57600 Forbach06/2018 AIDA Galerie/ Maison d' Art 67000 Strasbourg04/2018 Galerie François Fontaine , expo individuelle 1242 Satigny Genève CH 2017 Galerie Dans la cour des artistes 91320 Wissous11/2015 Salon Art3f 68100 Mulhouse11/2013 Salon d’ Art de Seloncourt 25230 Seloncourt05/2013 Galerie 21 , expo individuelle 68130 Altkirch11/2012 Salon des 40 68300 St- Louis

       









                    
       
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